Les vieilles maisons de campagne gardent presque toutes un banc appuyé contre la façade, entre la porte et la fenêtre, tourné vers le chemin. Les bâtisseurs auraient pu l'installer dans la cour, à l'ombre et à l'abri des regards, et ils ont choisi le devant de la maison, face à la route, comme si s'asseoir était d'abord une manière de saluer. Le soir venu, ceux de la maison venaient s'y poser après l'ouvrage, et le passant qui les apercevait savait sans un mot qu'il pouvait ralentir et échanger deux phrases, parfois même rester pour la veillée. Une maison qui garde son banc dehors annonce qu'elle a du temps, et le temps est peut-être la seule richesse qu'un hôte ne peut pas feindre. Nous avons rentré nos bancs depuis, dans des salons tournés vers l'intérieur, devant des écrans qui ne voient jamais personne passer. Le vieux banc de façade pose pourtant encore sa question à qui veut l'entendre : de quel côté de ma maison est-ce que je m'assois, quand la journée se termine?