Chaque voyageur qui franchit notre porte reçoit un cadeau dont il ne se doute pas : personne ici ne connaît son histoire. Pour un soir, il n'est plus ni son métier, ni son titre, ni la réputation qui le précède partout ailleurs. Il peut se raconter depuis le début, choisir ce qu'il montre, découvrir qui il est quand plus rien ne l'annonce. On passe nos vies à vouloir être connus et reconnus, et on oublie à quel point l'inverse repose. Devant un inconnu, moi aussi j'ai le droit d'être neuf; c'est peut-être pour ça que les conversations entre étrangers vont souvent plus loin que celles des vieux amis. Les moines reçoivent un nouveau nom en entrant au monastère, comme pour voyager plus léger. Et moi, qu'est-ce que je déposerais à la porte si on m'offrait d'être inconnu pour une soirée?