Les campagnes d'autrefois gardaient une coutume étrange envers leurs ruches : la maisonnée annonçait aux abeilles ses grandes nouvelles. Un mariage, une naissance, un deuil, et quelqu'un descendait au jardin frapper doucement sur le bois des ruches pour le dire aux ouvrières, parfois en nouant un ruban noir au toit quand la maison pleurait. La croyance voulait qu'une ruche tenue à l'écart des nouvelles se laisse dépérir ou quitte les lieux, comme si le miel exigeait d'être de la famille. Ce que les abeilles comprenaient restera leur secret; le geste, lui, travaillait sur ceux qui le faisaient, puisqu'il obligeait la maison à mettre ses joies et ses peines en mots et à les porter jusqu'au fond du jardin. J'aime qu'une tradition entière repose sur l'idée qu'aucun habitant de la maison n'est trop petit pour être tenu au courant. Nous croyons souvent épargner les autres en gardant les grandes nouvelles pour nous, alors que le silence voyage presque toujours plus loin que la confidence ne l'aurait fait. À qui est-ce que je dois une nouvelle, que je garde depuis trop longtemps loin du jardin?