Celui qui fait du pain apprend vite que la moitié du travail ne lui appartient pas. On pétrit de son mieux, on façonne la boule, puis vient le moment de la couvrir d'un linge et de s'en aller. Le levain travaille mieux quand personne ne le regarde, et soulever le linge aux cinq minutes ne fait que ralentir ce qu'on espérait presser. J'ai mis des années à accepter que les amitiés et les idées obéissent à la même loi : tout ce qui vit a besoin d'heures où on le laisse tranquille. Notre époque voudrait mesurer la levée minute par minute, mais la pâte ne négocie pas et prend le temps qu'elle prend. Faire confiance, c'est peut-être cela au fond : préparer de son mieux, puis consentir à ne plus surveiller. Qu'est-ce que je devrais couvrir d'un linge aujourd'hui et laisser lever en paix?