Avant un concert, l'orchestre offre toujours un moment que peu de gens écoutent comme de la musique. Le hautbois donne un la, un seul, et des dizaines d'instruments s'en approchent par petites corrections, dans un désordre qui ressemble à tout sauf à ce qui s'en vient. Aucun musicien ne s'accorde sur son voisin; chacun se règle sur la même note commune, et ce détour par une référence partagée leur permet ensuite de jouer ensemble sans passer la soirée à se surveiller. J'aime que les plus grands ensembles du monde commencent en admettant tout haut qu'ils ne sont pas prêts, et qu'ils prennent devant tout le monde la minute qu'il faut pour le devenir. Nous entrons souvent dans nos journées et nos rencontres sans que personne donne le la, chacun encore réglé sur son propre instrument de la veille, et le désordre qui suit n'étonne que nous. Les musiciens savent pourtant que l'accord ne coûte qu'une note, pourvu qu'on accepte de l'écouter avant de jouer. Sur quelle note commune pourrions-nous nous accorder, avant d'attaquer la première mesure?