Les urbanistes ont un nom pour ces sentiers de terre battue qui coupent à travers les pelouses : les lignes de désir. Le trottoir officiel fait le tour du parc, et les pas des marcheurs préfèrent la diagonale. Des bâtisseurs de campus ont fini par retourner l'ordre des choses. Ils ouvrent le terrain sans rien paver et regardent pendant des mois où les gens marchent. Les allées viennent ensuite se couler dans les chemins déjà battus. Cette patience me plaît : le dessin arrive en dernier, après l'écoute. Nous faisons souvent l'inverse avec nos plans, et nous nous fâchons contre ceux qui coupent à travers la pelouse. Où mes pas tracent-ils une diagonale que mes plans refusent encore de paver?