Au Moyen Âge, le couvre-feu était simplement l'heure où l'on recouvrait les braises de cendre pour que le feu dorme sans s'éteindre. Le matin venu, un souffle suffisait pour retrouver la flamme de la veille. J'aime cette idée qu'un feu bien couvert continue de vivre en secret, et qu'éteindre et préserver puissent se ressembler autant, vus de loin. Nos élans connaissent le même sort : un projet qu'on dépose, une amitié qu'on laisse reposer, une passion rangée pour une saison. Rien de tout cela n'est mort tant qu'une braise respire sous la cendre. Le soir, l'art consiste à couvrir sans étouffer; le matin, à se rappeler qu'on n'a pas besoin de tout rallumer à partir de rien. Quelle braise, dans ma vie, attend seulement un souffle?