Les faucheurs d'autrefois portaient à la ceinture un étui de corne où trempait la pierre à affûter. Plusieurs fois par heure, le meilleur d'entre eux se redressait pour passer la pierre sur le fil. Les pressés continuaient d'abattre leur andain sans lever la tête. Au bout du champ, celui qui s'était arrêté le plus souvent avait presque toujours fauché le plus d'herbe; une lame vive travaille là où une lame morte se contente de frapper. Les anciens le résumaient d'une phrase : la pierre fauche autant que la faux. Nous tenons souvent nos pauses pour du temps volé à l'ouvrage, et nous nous obstinons sur des lames émoussées en appelant cela du courage. Le champ ne compte pourtant pas les heures; il compte les gestes qui coupent. Où est ma pierre à faux, et depuis quand n'ai-je pas redressé mon fil?