Les marins ont un mot pour le court moment où la mer cesse de bouger : l'étale. Deux fois par jour, entre le flot et le jusant, l'eau se tient tranquille. Les navigateurs attendent cette heure-là pour franchir les passages étroits, parce qu'une coque se mène mieux dans une eau qui ne pousse plus. Vue du quai, cette mer-là semble ne rien faire, et elle accomplit pourtant le plus grand travail de sa journée : elle change de direction. J'aime que le tournant le plus profond ressemble autant à du repos. Nous supportons mal nos propres étales; dès que rien n'avance, nous croyons stagner. Qu'est-ce qui est en train de se retourner en moi, pendant que je m'inquiète du calme?