Les canots d'autrefois ne suivaient pas les rivières jusqu'au bout. Là où l'eau devenait impraticable, le voyageur chargeait son canot sur ses épaules et marchait à travers bois jusqu'au prochain plan d'eau, et ce bout de chemin porte un nom : le portage. Nos cartes en gardent des centaines, nommés et transmis comme des choses précieuses, parce que savoir où poser le canot valait souvent plus que savoir pagayer. J'aime qu'un mot existe pour l'endroit exact où le voyage cesse de porter le voyageur et où le voyageur se met à porter le voyage. Les traversées d'une vie ont leurs passages semblables, où l'élan ne suffit plus et où tout pèse son vrai poids sur les épaules. Les vieux itinéraires le disent pourtant : le portage fait partie du trajet, et c'est souvent lui qui relie les deux plus belles eaux. Qu'est-ce que je porte en ce moment, entre deux eaux, en croyant m'être perdu?