Début août, les soirées raccourcissent d'une ou deux minutes par jour, et personne ne s'en aperçoit sur le moment. On soupe dehors comme en juillet, puis un soir, sans prévenir, on allume la lampe plus tôt et on comprend que la saison a tourné depuis longtemps. La nature ne fait presque jamais d'annonces; elle change en silence, un degré à la fois, et nous laisse le soin de nous en rendre compte. Nos vies avancent de la même manière : on ne devient pas patient, ou libre, ou vieux en une journée mémorable, mais par mille glissements que personne ne photographie. C'est peut-être pour ça que les grands tournants nous surprennent : ils étaient déjà accomplis quand on leur a donné un nom. Alors j'essaie d'écouter les minutes qui glissent plutôt que d'attendre les grandes heures. Qu'est-ce qui, dans ma vie, a déjà tourné sans que je l'aie encore remarqué?