Mes enfants peuvent jouer des heures sans jamais demander à quoi ça sert. La partie commence, monte, éclate de rire, se termine, et personne ne réclame de trophée : le jeu s'est suffi à lui-même. Les grands, eux, apprennent lentement à jouer pour gagner quelque chose, un résultat, une reconnaissance, une ligne de plus au bilan, et c'est souvent par cette porte que la joie s'en va. Alan Watts disait que la vie ressemble à la musique : personne n'écoute une symphonie pour arriver au dernier accord. Ce qui compte se passe pendant. J'essaie de m'en souvenir dans mon travail, faire de la journée une partie qu'on joue pour la beauté du jeu. À quel moment, aujourd'hui, est-ce que je jouerai pour rien?