Musashi, entre deux combats, peignait des oiseaux à l'encre. Dans cet art, le trait ne se reprend pas : le papier boit tout, tout de suite, et la moindre hésitation reste visible au cœur du geste. Il faut décider avant de toucher la feuille, puis faire confiance à la main. J'y pense souvent, parce que nos journées ressemblent plus à l'encre qu'au crayon : elles ne s'effacent pas, on les trace une seule fois, avec les tremblements dedans. Les vieux maîtres cherchaient moins le trait parfait que le trait vivant, celui qui garde la trace d'une respiration. Une parole offerte à un inconnu obéit à la même loi : impossible de la reprendre, alors autant la donner entière. Ce matin, je me demande quel trait je vais poser aujourd'hui, et si j'aurai la main assez calme pour ne pas le retoucher mille fois dans ma tête.