Personne ne construit un sentier de forêt. Il naît d'un premier passage qui plie les herbes, puis d'un deuxième qui choisit les mêmes détours, et au fil des saisons la terre se tasse jusqu'à ce que le chemin semble avoir toujours été là. Aucun marcheur ne l'entretient volontairement; chacun le maintient pourtant, du seul fait de passer, et le sentier le plus ancien se referme en quelques étés si plus personne ne l'emprunte. J'aime cette œuvre sans ouvrier, bâtie par des gens qui ne se sont jamais croisés et qui travaillaient seulement à se rendre quelque part. Nos liens me semblent faits de la même matière. Ils tiennent moins aux grandes déclarations qu'aux petits passages répétés, le message bref, la visite sans raison, et ils se referment comme les sentiers, sans drame, par simple absence de pas. Vers qui mène le sentier que je laisse se refermer en ce moment, faute d'y passer?