Les vieux cadrans solaires portent souvent une devise gravée dans la pierre, et la plus répandue tient en quelques mots latins : je ne compte que les heures ensoleillées. L'instrument dit la stricte vérité. Dès qu'un nuage passe, l'ombre s'efface et le cadran se tait; il reprend son récit au premier rayon comme si rien n'avait manqué. Des siècles de jardiniers ont confié la mesure du temps à ce témoin partial. J'aime qu'un objet de science assume si tranquillement de ne pas tout retenir. Notre mémoire fait souvent le choix inverse; elle grave les heures grises avec un soin d'archiviste et laisse filer les belles sans les noter. Le cadran tient une autre comptabilité : les nuages passent sur le jardin sans entrer dans le total. Quelles heures est-ce que je choisis de compter, quand je fais le bilan de mes journées?