Vu de la rue, un vitrail ne montre presque rien. Le passant qui longe une vieille église aperçoit des plombs gris et des verres éteints, et il faudrait le lui dire pour qu'il devine que ces fenêtres ternes comptent parmi les plus belles choses que des mains humaines aient faites. Toute leur splendeur est tournée vers le dedans, parce qu'un vitrail a besoin que la lumière le traverse vers celui qui regarde, et elle ne le traverse dans le bon sens que pour celui qui est entré. Les maîtres verriers acceptaient donc de travailler des années à une œuvre que la rue ne verrait jamais, confiants que la beauté se révélerait à quiconque pousserait la porte. J'aime que l'éclat le plus somptueux du monde demande ce petit geste de confiance : entrer. Les gens me semblent faits comme ces fenêtres, ternes pour qui les longe et flamboyants pour qui prend la peine de franchir leur seuil. Combien de vitraux est-ce que je longe chaque jour, en les prenant pour du verre gris?