Les veillées d'autrefois avaient trouvé la manière la plus simple du monde de faire chanter une pièce pleine d'inconnus. Un seul chanteur portait les couplets, avec leurs histoires longues et leurs mots qu'il fallait connaître, et toute la tablée lui répondait par un refrain assez court pour s'apprendre en une seule écoute. Personne ne demandait aux nouveaux venus s'ils savaient la chanson; au deuxième refrain, ils la savaient, et leur voix comptait autant que celle du chanteur. J'aime cette architecture où la mémoire d'un seul suffit, pourvu que la porte d'entrée reste assez large pour tous les autres. Nous bâtissons souvent nos passions comme des couplets, exigeantes et pleines de détails, puis nous nous étonnons que personne n'ose chanter avec nous. Les vieilles chansons suggèrent d'y tailler un refrain : une phrase simple où l'autre peut poser sa voix dès la première soirée. Quel refrain est-ce que j'offre à ceux qui ne connaissent pas encore mes couplets?