Ce matin, j'ai commencé à corder le bois pour l'hiver, en plein soleil de juillet. Les mains font le geste pendant que la tête le trouve absurde : préparer du feu quand tout le pays brûle déjà de chaleur. Mais chaque bûche placée aujourd'hui est une soirée de janvier qui existe déjà, quelque part, en attente. Les stoïciens parlaient de se préparer à ce qui vient; moi, j'ai plutôt l'impression d'écrire une lettre à quelqu'un que je n'ai pas encore rencontré, l'inconnu qui se réchauffera à ce feu. Les gestes les plus généreux se posent des mois avant d'être reçus, sans témoin. Peut-être que tout ce qu'on fait de bien dans une vie ressemble à ça : du bois cordé en été pour des feux qu'on n'allumera pas soi-même.